La revue Ballroom en reportage au Ballet Béjart Lausanne.

Lancé au printemps dernier, Ballroom est une revue trimestrielle consacrée à la danse doublée d’un site Internet qui traitent tout deux de la danse, dans tous ses états : l’actualité des spectacles, mais aussi des articles de fond, s’attachant à traiter de toutes les formes de danse…

En décembre dernier, une journaliste de la revue a eu le privilège de visiter le Théâtre de Beaulieu qui accueille le Béjart Ballet Lausanne, qui repart en tournée avec Le Presbytère, oeuvre intemporelle reprise par Gil Roman, qui prit le relais du chorégraphe Maurice Béjart, à la direction de la compagnie, à sa mort en 2007.

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BÉJART : « LE PRESBYTÈRE N’A RIEN PERDU DE SON CHARME, NI LE JARDIN DE SON ÉCLAT »

REPORTAGE AU BÉJART BALLET LAUSANNE. THÉÂTRE DE BEAULIEU, DÉCEMBRE 2014.
Publié le 23/12/2014
par Bérengère Alfort

CORPS ABSOLU

Si Hegel évoque l’Esprit absolu comme le moment suprême de l’Histoire, en visitant le Béjart Ballet Lausanne, dirigé par Gil Roman, on constate tous les moments du corps, qui trouve en le spectacle son point culminant.
Ballroom a eu le privilège non seulement d’assister à la représentation de la pièce mythique du maître disparu en 2007, mais aussi de visiter les lieux cachés du Théâtre de Beaulieu, ainsi que de l’Ecole Rudra.
Arrivée dans l’après-midi, l’équipe de journalistes découvre sur le sol de l’arrière plateau les photos, éparpillées, d’Edith Piaf, dont on redécouvrira l’hommage du chorégraphe prochainement, remanié en une nouvelle version, par Gil Roman, son fils spirituel.

Nous sommes d’emblée ébahis par les miroirs encadrés de spots qui nimbent l’espace d’une lumière magique. Jamais très loin, Marie-Thérèse Jaccard, secrétaire particulière de Maurice Béjart et désormais de Gil Roman, veille à tout.
Nous nous prenons à rêver dans l’atelier des costumes : pour le « Presbytère », ils sont signés par Gianni Versace, fruit d’une collaboration mûrie avec Béjart. Aux costumes quatre pièces des garçons, répondent ça une robe évanescente en tulle blanc, là une tenue de bain chic et kitsch. Débauche de tissus pour épouser un ballet dont l’esprit réside dans l’ambiguïté entre solennité de l’hommage à Jorge Donn et Freddy Mercury, et humour optimiste qui dépasse le sérieux de la maladie du siècle qui les emporta trop tôt.

A quelques pas du Théâtre, est nichée au fond d’une ruelle l’Ecole Rudra. Nous assistons à un cours où nous apercevons une trentaine de jeunes danseurs de 17 à 19 ans, autour de sauts lors d’un travail sur le rythme.
Nous avons aussi et surtout le privilège de nous entretenir avec Michel Gascard, qui est l’âme de cette école. Danseur pour Béjart, père de famille comblé, fils de l’illustre professeur de danse Colette Milner, il nous parle avec humilité et fougue de sa passion pour l’enseignement.
Depuis 1973, il est auprès du maître. Après Mudra, établie dès 1971 à Bruxelles, il poursuit l’aventure de Rudra, en 1992 à Lausanne. L’enjeu de Rudra, en période de crise sociale et humaine – temps du nihilisme, comme dirait Nietzsche dont Béjart était (est ?) fervent lecteur -, est de reconstruire un futur pour les jeunes. Grâce à des professeurs fixes, les élèves bénéficient d’une formation gratuite qui leur ouvre littéralement les portes du monde. Comme le disait Béjart, « le classique pour les jambes, Martha Graham pour le haut du corps. »

L’art martial du kendo est l’outil fondamental qui, joint à la danse, permet de construire un sabre à l’apprenti danseur. Le professeur est leur berger, à l’image de Zarathoustra : à la fois poète qui sèche leurs pleurs, et guerrier qui les renforce en leur apprenant à marcher sans béquilles dans un monde sans pitié, auquel nous sommes confrontés aujourd’hui.
A ces fondamentaux, s’ajoutent, pour un cursus complet de deux ans, le masque, la commedia dell arte, le chant. La plupart des jeunes sont déjà titulaires d’un diplôme scolaire obtenu par le CNED, ou s’y attèlent parallèlement. Issus de toutes les origines nationales, culturelles et religieuses, ils forment, à l’image de Cordoue, un microcosme qui prouve que toutes les croyances et provenances peuvent vivre en harmonie.

De 9 à 19 heures, les élèves enchaînent les cours sans relâche, six jours sur sept : leçon de vie quant au sens de ce que veut dire « vocation ». On ne peut proprement parler de sélection à l’entrée de Rudra : les jeunes doivent s’y sentir appelés d’eux-mêmes. Et ce, au « Kairos » aristotélicien, c’est-à-dire au moment où avant, c’est trop tôt, et après, trop tard. Le moment juste.
Ces élèves ne se retrouveront pas forcément danseurs au Béjart Ballet ; l’enjeu est plutôt de leur ouvrir les yeux sur les compétences et envies, même si une grande partie de ces interprètes en herbe y poursuivront l’accomplissement de leur passion.
L’important, dans le lieu de vie de Maurice Béjart, est de comprendre que l’art total doit fournir les armes nécessaires pour se battre, à commencer contre soi-même.

Car malgré le mythe du chorégraphe philosophe, fils de Gaston Berger, on découvrait chez lui en même temps que la tendresse une poigne et une violence positive de créateur intransigeant, ainsi que le rappelle Gil Roman. Jamais vraiment en paix, jamais vraiment en guerre, le personnage de l’homme au regard d’acier et de velours demeure un mystère.
Qu’a-t-il voulu dire au juste avec « Le presbytère » ? Sûrement pas faire un coup de pub en traitant du SIDA. Sûrement pas faire couler des larmes faciles en hommage nostalgique à son danseur mythique et au leader du groupe Queen.
Le ballet, formé de séquences qui alternent danses d’ensembles, et soli fulgurants, entre humour décalé et poignantes images de Jorge Donn en kénose, envoûte les 1500 spectateurs. Béjart voulait placer la danse dans les stades ; Gil Roman honore ce vœu de démocratisation sans compromis avec la qualité.

On admire la technique fuselée des solistes sur pointes pour les filles, et des garçons à l’énergie vibrante. Théâtralité et présence charnelle, sens de l’espace vaste d’un grand plateau, sont au rendez-vous.
Au-delà de cela, c’est l’émotion, directement liée à la maîtrise, qui nous submerge. Non une élégie mélancolique, mais une ode à Mozart, Donn, Mercury, partis à 35 ans pour le premier et 45 ans pour les deux autres, mais surtout dans le désir de les rendre présents en une messe pour le temps futur. A l’instar de Gil Roman, parlant de Béjart au présent, la reprise du « Presbytère », occasionnée en 1997 par une série de coïncidences troublantes autour de Donn, Mercury et de la ville de Lausanne, à l’issue du spectacle, nous parlons de Donn, Mercury, mais aussi Gianni Versace, au présent. Ils sont révélés dans leur intemporalité.
Quant à Béjart, grâce au travail du berger doux et guerrier fort qu’est Gil Roman, il nous apparaît encore, à jamais présent : comme celui qui a fait accéder la danse au moment du corps absolu.

Tournée en France en 2015, dont Palais des Congrès à Paris, les 4, 5 et 6 avril.
Réservations sur : www.lepresbytere-lespectacle.com

Photo du bandeau principal : Francette Levieux

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Découvrez « Le presbytère … » avant de le retrouver en tournée cette saison.

Face Nord : un quatuor d’acrobates à découvrir !

Née de la rencontre entre deux acrobates, le porteur français Alexandre Fray et le voltigeur québécois Frédéric Arsenault, la compagnie Un Loup pour l’Homme s’est spécialisée dans le main-à-main depuis dix ans.

Le duo défend un art circassien dans lequel les portés sont le moyen d’établir une connexion forte entre deux hommes, faisant écho aux thématiques privilégiées de la compagnie, à savoir la recherche d’humanité, l’exploration de la complexité humaine ou encore les rapports à autrui.

Leur première pièce, Appris par corps (2007), a rencontré un succès populaire et critique. Depuis, le duo d’acrobates a ouvert son travail à d’autres interprètes et la dernière création d’Un Loup pour l’Homme, intitulée Face Nord (2011) voit ainsi évoluer sur scène un quatuor.

Face Nord, dont le titre fait référence à la face d’un sommet la plus difficile à escalader, en alpinisme, évoque les prémices de l’acrobatie, que l’on retrouve notamment dans certains jeux d’enfant, et qui permettent, par la découverte ludique, la réalisation de performances physiques. Autour de jeux et de règles, les acrobates proposent un spectacle qui renoue avec l’innocence de l’enfance tout en osant des prouesses techniques.

De passage en région parisienne, Face Nord se jouera notamment à l’espace cirque d’Antony (92) les 13, 14, 15, 20,21 , 22, 27, 28 et 29 mars. Un pot de première est organisé le 13 mars et une rencontre avec les artistes aura lieu à l’issue de la représentation le 15 mars.

Tarifs : de 7 à 22 euros.

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MAJ du 26/03/2015 : Face Nord se jouera également les 16, 17 et 19 avril à la Halle de l’Académie Fratellini, située à la Plaine St-Denis. L’académie donne « carte blanche » au collectif Un Loup Pour l’Homme ; aussi leur premier spectacle, Appris par Corps sera également représenté, les 3 et 5 avril prochain. Une rencontre avec les artistes est prévue le 16 avril à l’issue de la représentation de Face Nord : Alexandre Fray,l’un des fondateurs de la compagnie, y parlera de son projet « Grand-mère » qui aide les personnes fragilisées par l’âge à reprendre confiance en leur propre corps.

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